La vague - Quand une expérience inoffensive dégénère


L'histoire en bref 
Un professeur d'histoire met en place une expérience afin d'expliquer à ses élèves les mécanismes du nazisme. Il crée un mouvement appelé La Vague dont le slogan est le suivant : "La force par la discipline, la force par la communauté, la force par l'action". En l'espace de quelques jours, les élèves abandonnent leur libre arbitre pour suivre aveuglément leur nouveau leader. 

Ce que j'en pense 
Ce livre est basé sur des faits réels puisque cette expérience (la troisième vague) a été réalisée dans un lycée californien par Ron Jones dans la fin des années 60. Le livre de Todd Strasser a par la suite été adapté au cinéma en 2011. 
Les mécanismes décrits dans le roman ne me sont pas totalement inconnus puisque j'ai une formation de psychologie. Mais je trouve que l'expérience en elle-même est particulièrement intéressante (et un peu effrayante).

Quand le professeur d'histoire énonce les principes du mouvement, à priori ceux-ci sont plutôt positifs. L'idée principale étant que la réussite quelque soit le domaine repose sur la discipline, la communauté et l'action. Et en effet, comment obtenir un résultat si on n'est pas discipliné ? Il instaure donc une discipline dans la classe avec des règles de comportement bien précises. Comment réussir si on ne fait pas partie d'un groupe soudé ? La communauté ne peut exister que par le gommage des différences entre les individus. S'ils sont tous égaux, il n'y aura plus de conflits entre eux. Enfin, il faut agir et pour cela, il faut parler de la Vague autour de soi.

" La Vague n'aspire toujours qu'au bien commun. Ce n'est pourtant pas compliqué ! La Vague pourrait devenir un système complètement nouveau "

Mais très vite, les élèves faisant partie de la Vague vont rejeter ceux qui n'en font pas partie, un véritable système totalitaire va se mettre en place. Les différentes étapes conduisant à cette situation sont plutôt bien décrites par l'auteur. Bien entendu, cette expérience soulève énormément de questionnements.

Tout d'abord, le concept du "nous sommes tous égaux" est a priori est très noble. Les marginaux peuvent enfin trouver leur place, ils sont acceptés par les autres puisqu'ils font partie du même mouvement. Mais cela finit par entrainer la disparition de la spécificité de chacun. Et finalement, il me semble que la clé n'est pas tant l'égalité entre tous les individus. Par définition nous sommes tous différents, nous avons des capacités différentes, des envies et de goûts différents. Selon moi, le plus important serait plutôt l'acceptation de l'autre avec sa différence.

" Tu es contre la Vague uniquement parce que tu n'es plus du tout spéciale. Parce que tu n'es plus la meilleure élève et la fille la plus populaire de la classe "

La question du libre arbitre est également cruciale. En intégrant le mouvement, les élèves abandonnent leur libre arbitre au profit du leader. Et en tant qu'humain il est si facile de dire "moi je n'abandonnerai jamais mon libre arbitre" mais la vérité est qu'il est plus facile de laisser quelqu'un penser à notre place dans certaines situations, cela nous permet de ne pas avoir à affronter les responsabilités.

" C'est incroyable de voir à quel point ils t'apprécient davantage quand tu prends les décisions à leur place "

Mais est-ce que sauver notre libre arbitre implique forcément la disparition du leader ? Eh bien un groupe social ne peut pas vivre sans leader, nous avons besoin d'un guide qui rassemble le groupe et prend les décisions. Selon moi, il serait utopique de croire que la société pourrait s'en sortir si chacun suivait sa propre voie sans qu'il y ait un leader à la tête du groupe. Le point important est surtout de savoir remettre en question ce leader et ce qu'il nous dit. Accepter un leader ce n'est pas renoncer à sa liberté de penser.

" Si le destin des hommes était de suivre un chef, raison de plus pour que ses élèves retiennent cette leçon : il faut toujours tout remettre en question, ne jamais faire confiance aveuglément à quelqu'un "

Je constate souvent, que les individus ont tendance à dire "moi je ne pourrai jamais agir de la sorte". Mais les nombreuses expériences menées ont montré que chacun de nous est capable de se comporter de cette manière. Cela n'excuse en rien les comportements fascistes mais nous pousse plutôt à une véritable prise de conscience sur ce dont on est capable en tant qu'être humain. Et finalement, cela nous pousse à toujours nous remettre en question, à toujours nous interroger sur notre comportement au sein de la société. 

" Le fascisme ne se retrouve pas seulement chez ces gens-là. Il est ici, en chacun de nous "

Petit + : Le style employé par l'auteur qui rend les idées hyper accessibles, même aux plus jeunes.

Dans la forme, le livre n'a rien d'exceptionnel mais c'est un compte-rendu d'une expérience extraordinaire qui nous pousse à nous interroger et bouscule un peu nos certitudes, ce qui ne peut pas faire de mal. Un livre qui devrait être lu par tous. 

Si le sujet vous intéresse voici deux expériences qui sont un peu dans la même veine :
L'expérience de Milgram qui permet de comprendre les mécanismes de soumission à l'autorité
L'expérience de la classe divisée de Jane Elliott (en anglais) réalisée dans une classe de primaire afin d'expliquer aux enfants ce que sont les préjugés. 



La vague - Todd Strasser
Pocket, 6,30

Commentaires

  1. J'ai vu le film... Je ne savais même pas qu'il y avait un livre à vrai dire, mais j'avais vraiment aimé le film. Peut être que je me laisserais tenter par cette lecture un de ces jours. :)

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    1. Je n'ai pas vu le film mais j'ai vraiment envie de voir ce que peut donner l'adaptation. N'hésite pas pour le livre je trouve qu'il se lit assez vite !

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